Auster Audrey (II)

2019

Auster audrey – Fin de ma première manière.

Rager, vagir, c’est toute l’histoire.

L’auster audrey, l’air maigre et racaille, le sexe ponceau, lève le pouce au bord de la route. Nécessité donne du cœur. Un véhicule s’arrête. Tandis que l’homme l’attache avec la ceinture, ses yeux tombent sur les deux fétiches de l’auster audrey. Il s’agace. C’est un accueil en ut, en rut, une folle négation des lois de l’hospitalité, et d’abord ce tutoiement…

Dans cette traverse de métal gras et de plastique chaud, son cœur débile moteur sursaute, et ainsi le peu de vindicte en elle. Le volume de sa voix l’étonne et la sauve mais le vol de sa vie est total. Merci, appui vocalique de ce cri. Sa conscience ni pisse ni froide ne la laissera pas en paix.

Blanchie comme un os vieux, elle a aimé surmonter cette voie basse, ce Léviathan.

Un peu de vulviprane et il n’y paraîtra plus, mais à vouloir braver sa peur, c’est à vie qu’on s’abstient de compagnie. L’auster audrey restera fille de prudence.

Brunis ton organe en attendant les hommes, auster audrey.
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*

Lire provoque l’enthousiasme. « J’ai mes défauts, dit le marquis à l’auster audrey, mais je ne suis pas un peine-à-jouir. Je mettrai ma main sur ton diaphragme pour que tu déclames mieux. Ennemi des traditions, je saccagerai ton petit mâchuron et tu porteras la pélerine d’un deuil immense, la dilatation gredine d’une catabase sans fin. J’ai eu la stupéfiante révélation de ma force, auster, et je l’exercerai avec l’exigence foraine d’un Hercule. »

Mais tant de prophéties use. Saint Siméon stylite retirée du monde, l’auster audrey pense : « Pauvres mouches… ».

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Au bal ballot des garces et des gars, au galop des enfants-rois, l’auster audrey cherche sa contenance, dépareillée. Elle danse, l’auster audrey ? Elle est là pour danser, pourquoi elle ne danse pas ? Elle ne répond pas. Magnanime, il lui accorde une autre chance. Elle est là, il est là, qu’ils règlent l’anomalie de ces solitudes par un appariement hâtif. Ce qu’il faut que comprenne l’auster audrey, c’est que c’est la femme qui choisit et que les frustrations qui s’ensuivent rendent fou, que le ravage civilisationnel crée par la courtoisie est insupportable, que la violence de l’homme n’est que réponse à la toute-puissance de la femme. (L’auster audrey repense à la médiocrité des propositions, à cette discrétion exercée dans une épicerie polonaise au temps du communisme.) Cela affecte, auster audrey, cela affecte.

A se forcer, elle aussi serait affectée. Elle se souvient, un peu tard, qu’il n’est pas dépositaire de l’autorité. Adieu, bande jobarde.

*

L’auster audrey regarde par sa fenêtre. Sur le trottoir d’en face, la mère du petit chaperon rouge lui rajuste sa robe. Petit chaperon a été première dauphine d’une mini miss : il faut montrer sa jolie tenue à Maminouche. Qu’elle fasse attention : ses collants les ronces, ses collants les ronces. Le féminin est plus spécifique, il faut s’y adonner, s’y plonger pleinement. Cils en proue, comme la barque de Samothrace, un diadème sur sa chevelure américaine, la biche est mise au bois. Des volants jappent autour.

Le loup ! Loup, j’ai peur de ta bêtise qui décuple ta force. Ne t’inquiète pas, chaperon, j’aime les femmes comme plâtres, et j’aime cet instant de la forêt panique. Il la lèche, sans le fard elle a quatre ans. L’auster audrey ne voit rien revenir.

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Guidée par la vertu cardinale de justice, aveugle à la vertu cardinale de prudence, l’auster audrey, un jour, a dit non. Un procès est vitement organisé où elle doit comparaître.

Fille d’Ève, auster audrey. Sa présence sur terre astreint qu’elle s’oublie dans la dignité du oui.

Son avocat plaide le non-événement du non, moins grave, moins pandémique, moins destructeur de notre monde que… qu’une météorite. Moins qu’un astre déclic. Il minore, il minore, il fait du non une moindre mèche. Mais ne devrait-il pas au contraire faire flamboyer le non, faire inscrire sur les minutes la nécessaire institution de ce fracas à large spectre comme apprentissage du réel ? L’encre manque visiblement. Fille d’Ève, auster audrey et tant d’indifférence salique à la fin.
Non, petite idole, orthopédie.

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La bouchère est un genre pictural mésestimé, au plus bas de la hiérarchie. La bouchère est un spectacle d’immolation domestique. La bouchère est le rouge-gris des essuyées, des trainées. Bacon, dirait-on.

Une chandelle éclaire la scène, un Roméo Melior et ses compagnons. Ils ne sont pas sans bonhomie et fument au milieu des carcasses. Leur tablier est une toile. Trognes. On n’est pas aussi blafard, on n’est pas aussi bouffard.

Carcasses comme de grandes déesses. Comme on sacralise cet objet du culte ! C’est un triomphe, une pièce sanglante, quelques souris et l’auster audrey courent au milieu des carcasses.

Bouchères si m’en croyez.

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Un soir. L’auster audrey au bord de l’amer, son talon feuilleté, qui claudique. Un chant chuint s’amplifie et un camion poubelle tourne au coin de la rue : c’est l’hydre absolue, la proportion biblique. « Monte, si toi aussi tu es de Brienne, monte, serena sévère, auster audrey (Ils l’ont reconnue). Et grimpe ! Dans les odeurs, les boueux la reniflent : « Tu sens l’oxymoron, auster audrey. – La faute à mes macaroniques. » Un silence. « Les matières sont-elles nobles ? » interroge-t-elle. « Plus qu’hier, auster audrey, plus qu’hier ». Du trottoir, on blâme, on blague, on daube, on méconnait le métier écologique. Comme les boueux, l’auster audrey.

Le camion file. Aux abords d’un beau domaine, elle veut descendre de ce taxi, elle est chez elle mais, d’un coup fâchés, ils balancent dans le glouton l’auster audrey et son plein sac de macaroniques.

Elle y retrouve son thyrse, bâton merdeux qu’on se refile de siècle en siècle.

*

Le constat est profond comme une image à perspective : derrière la mésaventure, il y a sa petite ombre.

« Voici le discours programmé, le programme cardinalisé, voici quelques mots avec lesquels penser, voici en un mot, voici l’univoque. Le couvercle est devant toi, auster audrey » lui disent ces directeurs de conscience. Elle urticaire, elle urticaire.

Brebis elle reste, auster audrey, qui ne rejoindra pas l’unanime. Certains tiennent la chapelle. Ils ne sont que gens de chicane, orpailleurs, ignorants.

*

Un soir de concert c’est l’auster audrey qu’on supplie.

Dans une loge, les mânes flambent. Roger Waters refuse de monter sur scène. As de l’or et une fois prise la poudre, colère de lanières et de sel. Nestor ! Nestor ! Auster audrey, c’est toi le calme. Jubilant tu expliques encore le feu par tes fautes invisibles. Sois le tampon absorbant de ce ressentiment.

Corps cuir pouliché, polychrome et réaliste, elle avance backstage, la naïve, l’insensée. Vixen, laissez-lui les épines, quelques ronces.

« Auster, j’ai rudoyé tout l’univers. Orphelin héréditaire, rien ne borne mon vouloir. Je te vois chienne comme Diogène et tu me vois chien comme Caïn, la bouche pleine d’un infini crachat. J’ai peur de cracher et à force d’en avoir peur j’en ai envie.

Elle dispense alors un peu de son surmoi.